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Addictions aux jeux de hasard et d’argent : Interview du Dr Zinsou Sélom Degboe, Spécialiste des addictions au CHU Campus (Lomé)

Addictions aux jeux de hasard et d’argent : Interview du Dr Zinsou Sélom Degboe, Spécialiste des addictions au CHU Campus (Lomé)
Extrait de l'article: Depuis le début de la crise sanitaire, le nombre de personnes pratiquant les jeux de hasard et d’argent a augmenté, générant de plus en plus de comportements addictifs. Devenue excessive...

« … la population togolaise doit considérer dorénavant l’addiction aux jeux de hasard et d’argent (JHA) comme un trouble mental et demander de l’aide aux spécialistes pour se remettre »

Depuis le début de la crise sanitaire, le nombre de personnes pratiquant les jeux de hasard et d’argent a augmenté, générant de plus en plus de comportements addictifs. Devenue excessive, la pratique du jeu n’est plus adaptée à la vie quotidienne, elle se répète et persiste au point de devenir la seule préoccupation du joueur. L’intéressé devient alors un joueur pathologique. Pour lutter contre ce type de dépendance, aux conséquences sanitaires et sociales parfois dramatiques, Dr Zinsou Selom Degboe, Psychologue clinicien/Psychothérapeute au Service de Psychiatrie et de Psychologie Médicale (SPPM), Spécialiste des addictions au CHU Campus (Lomé), Responsable du volet Recherche et Etudes à l’ONG Recherche Action Prévention Accompagnement des Addictions (RAPAA) livre des précieux conseils.

Santé-Education : De quelle manière la cherté de la vie accentue-t-elle les addictions ?

Dr Zinsou Selom Degboe : Du point de vue épidémiologique, la cherté de la vie peut contribuer à l’augmentation de la prévalence des addictions. Il est documenté depuis plusieurs années dans la littérature scientifique que ce facteur précipite de nombreux troubles mentaux à savoir la dépression, les troubles bipolaires, l’anxiété, la schizophrénie, des troubles de sommeil, des conduites suicidaires.

Ces troubles peuvent à leur tour devenir des facteurs précipitants des addictions aux substances ou comportementales. Partant de ce postulat, doit-on se demander, comment serait-il différent pour ce qui est des addictions, un autre trouble mental ?

Qu’en est-il de l’addiction aux jeux d’argent ?

De l’anglicisme, l’addiction est une dépendance par rapport à une chose ou une occupation. Ici, l’addiction aux jeux de hasard et d’argent (JHA), pour être complet, est un type d’addiction comportementale autrement d’une dépendance à la pratique excessive des jeux de hasard et d’argent dont le contrôle échappe à ce dernier avec une envie incessante de parier la prochaine fois en dépit des conséquences dans la vie de la personne addicte.

Il s’agit d’un trouble mental reconnu par l’OMS et classé dans les différentes nosographies internationales comme la classification internationale des maladies, 10e révision (CIM-10) de l’OMS et de la dernière et cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques (DSM-5) des Américains, et ce depuis 1993.

Pourquoi les gens s’adonnent aux JHA ?

Beaucoup de facteurs poussent les gens à s’adonner à cette pratique, parmi lesquels : le chômage, l’âge, le sexe, les troubles concomitants comme les troubles de personnalité ou l’hyperimpulsivité, les troubles bipolaires, surtout de type 1, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) les addictions aux substances (alcool, tabac, la cocaïne, l’héroïne, le cannabis, les boissons énergisantes). Car les personnes ayant un problème avec une substance ont besoin d’argent pour payer leur dose quotidienne. Il y a d’autres causes entre autres la précarité, le faible pouvoir d’achat des travailleurs ou des retraités, les situations stressantes de la vie de couple voire de famille.

Quels sont les symptômes d’une addiction aux JHA ?

 L’addiction aux JHA se manifeste par deux symptômes phares, communs à tout type d’addictions : substances ou comportementales à savoir la perte du contrôle de cette pratique, et l’incapacité d’arrêter la pratique malgré la volonté et les multiples conséquences dans la vie du joueur.

Du moment où une personne joue beaucoup, trop souvent et trop longtemps, il doit se poser des questions sur sa pratique. Cependant, il revient aux cliniciens, spécialistes de la question de confirmer ou d’infirmer la présence de ce trouble chez un joueur sur une période de 12 mois de pratique.

Comment les reconnaître ?

Malheureusement, on ne peut pas à vue d’œil, dire que telle personne est un joueur pathologique, car l’addiction aux JHA se limite uniquement à la dépendance psychique. Elle n’entraine pas de symptômes somatiques chez la personne addicte.


Quelles peuvent être les conséquences d’une addiction aux JHA ?

 Les conséquences négatives que peut engendrer l’addiction JHA sont d’ordre financier, professionnel, social et sanitaire. Ainsi, on note la paupérisation due à des pertes financières importantes avec des implications graves, des difficultés professionnelles, un absentéisme plus important et des difficultés relationnelles pouvant entrainer une perte d’emploi, des problèmes de santé avec une fréquence importante de dépression, d’angoisse et risques de polyaddition ou la présence simultanée des addictions aux substances et comportementales chez une même personne. On peut citer notamment les problèmes de consommation d’alcool et d’autres types de drogues, des taux plus élevés de suicide, les problèmes familiaux (des séparations, des divorces), et la criminalité pour continuer à jouer.

Quel comportement adopter pour se débarrasser de son addiction ?

Pour se remettre de l’addiction aux JHA, la personne dépendante a besoin d’une prise en charge spécialisée, assurée par une équipe pluridisciplinaire (psychiatre, psychologue, médecin généraliste, assistant social, infirmier, éducateur spécialisé). Ceci pour une prise en charge personnalisée de cette dépendance psychique et simultanée des autres troubles qui en découlent, sans oublier le soutien de son entourage.

Faut-il privilégier une réduction progressive ou plutôt une coupure nette avec cet univers ?

D’autant plus que l’addiction aux JHA n’entraine pas de dépendance physique, l’approche privilégiée est d’aller vers un arrêt brusque de cette pratique. Car l’arrêt brusque ne va pas entrainer de symptômes de manques. Mais il faut s’assurer que le joueur pathologique n’est pas addict à une substance notamment l’alcool, la cocaïne et autres.

Quel peut-être le rôle des proches pour accompagner une personne qui cherche à se débarrasser de son addiction aux JHA ?

Le soutien de l’entourage du joueur pathologique est très important dans la prise de décision de se soigner, de se maintenir dans sa récupération. Ceci pour ne pas chuter voire rechuter.

Comment s’effectue une prise en charge hospitalière pour ce type d’addiction ?

La prise en charge hospitalière de ce type d’addiction se fera du moment où la personne prend la décision de se faire aider par un spécialiste.  Et une fois le dépistage fait, la personne va passer par une évaluation pour identifier les différents axes de la vie de la personne pour prendre en compte l’approche biopsychosociale.

A l’issue de l’évaluation, la thérapeutique va être définie selon la gravité du trouble que présente la personne.  Il s’agira de la prise en charge pharmacologique pour les maladies concomitantes que vont présenter le joueur et la prise en charge non pharmacologique.  Pour ce qui est de la dépendance psychique, elle concerne les différents modèles d’apprentissage basés sur les schémas cognitifs particuliers.

On peut citer notamment les pensées erronées spécifiques du jeu, qui contribuent au maintien du problème de jeu, leur vulnérabilité psychologique qui repose aussi sur une vulnérabilité biologique, et affecte l’ensemble du fonctionnement   psychosocial de l’individu.

Votre mot de fin

J’invite la population togolaise et d’ailleurs à considérer dorénavant l’addiction aux JHA comme un trouble mental et à demander de l’aide aux spécialistes pour se remettre.  Vous pouvez sortir de ce cercle vicieux qui à la longue va engendrer d’autres complications dans votre vie. Au Togo, vous pouvez avoir accès à des spécialistes de l’addiction dans les trois CHU, l’hôpital psychiatrique de Zébé ; à la limite à un spécialiste de santé mentale dans les centres hospitaliers régionaux et certains Centres Hospitaliers Préfectoraux (CHP) ou centres de santé confessionnels.

Propos recueillis par Abel OZIH


Auteur
santé éducation
Rédacteur

Depuis le début de la crise sanitaire, le nombre de personnes pratiquant les jeux de hasard et d’argent a augmenté, générant de plus en plus de comportements addictifs. Devenue excessive...

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