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Cancer du col de l’utérus : rattraper le retard des engagements non tenus

Cancer du col de l’utérus : rattraper le retard des engagements non tenus
Extrait de l'article: Le dépistage du cancer du col de l’utérus est une démarche importante. Une détection précoce de la maladie augmente les chances de guérison. Mme Ghani a eu cette chance, contrairement à sa mère tué...

Le dépistage du cancer du col de l’utérus est une démarche importante comme prévention secondaire. Une détection précoce de la maladie augmente les chances de guérison. Mme Ghani a eu cette chance de guérir, contrairement à sa mère tuée par cette maladie. Sonnée par ce drame, Ghani s’engage aux côtés de la société civile qui appelle le gouvernement au respect de ses engagements en matière d’accès aux services de dépistage.  


 « Quand je réalise que j'ai eu cette chance que ma maman n’a pas eue de se faire dépister tôt et de se faire traiter contre le cancer du col de l’utérus, je me dis parfois qu'elle est morte injustement ». 


Source : Médecins sans frontières (MSF), Pourquoi tant de femmes meurent-elles du cancer du col de l'utérus ?

Ghani épouse Moumouvi a 47 ans. Elle est accoucheuse d’Etat au Centre Hospitalier Préfectoral (CHP) de Guérin-Kouka. Guérin-Kouka est une localité de la préfecture de Bassar au nord du Togo, située à 435 km environ de Lomé. Le dévouement de Ghani au service des femmes enceintes et des nouveau-nés suscite l’admiration de ses collègues. « Elle parle plus de 4 dialectes, ce qui nous aide beaucoup. Elle est la préférée des patientes. », affirme Mme Santa Missahoé, responsable du service de maternité.

Cependant, Ghani n’a pas connu une vie tranquille. Elle s’est battue aux côtés de sa maman, surprise par un cancer du col de l’utérus en phase terminale. Malgré les va-et-vient à l’hôpital régional pour des soins, sa mère décéda.

Ghani avait des signes du cancer !

Avril 2019, la clinique mobile de l’Association Togolaise pour le Bien-Etre Familial (ATBEF) débarque à Guerin-kouka. Objectif : offrir des services de dépistages et de traitements des lésions précancéreuses du col de l’utérus. Environ 700 femmes étaient dépistées lors de cette campagne. Ghani faisait partie de la vingtaine de femmes qui étaient positives aux lésions précancéreuses. « Elle était en panique. Mais, nous l’avons rassurée vu la précocité du diagnostic et la disponibilité du traitement », a révélé Dr Bingo M’Bortché, coordonnateur de la campagne, à propos de Ghani.  Ces cas positifs étaient censés évoluer silencieusement vers la phase de cancer. Mais, ils étaient traités sur place.  Une opportunité que la mère de Ghani n’a pas eue faute de disponibilité de services de dépistage.

Pourtant, selon Dr Tchandana Makilioubè, Chef division de la santé maternelle, infantile et de la planification familiale au ministère de la santé, les sages-femmes dans les services de maternité peuvent offrir des dépistages à l’acide acétique et même traiter les lésions précancéreuses par cryothérapie, si elles sont formées et dotées des moyens adéquats. « En 2020, le ministère de la santé avec l’appui de l’UNFPA a formé une soixantaine de sages-femmes dans trois régions sanitaires du pays afin de les amener à offrir des services de dépistage dans le continuum de soins », précise-t-elle. 

Mme Ghani dans ses fonctions


Ghani sensibilise, la société civile plaide

Sonnée par le danger que constitue ce cancer, Ghani a décidé de sensibiliser autour d’elle dans le but d’amener les femmes à faire tôt leur dépistage. Aussi, plaide-t-elle pour la tenue des campagnes foraines de dépistage. « Elle nous appelle de tout faire pour revenir. Mais, faudrait-il que nous ayons les moyens de retourner. Les campagnes de dépistages ont été possible grâce au financement d’un partenaire extérieur à travers un projet. Ce bailleur dit ne plus pouvoir nous accompagner », a rapporté Dr M’Bortché. 

Face à l’urgence des besoins, la société civile a commandité une étude situationnelle actualisée du cancer du col au Togo. Cette étude est assortie d’un argumentaire de plaidoyer en faveur de la subvention des services par le gouvernement. « Nous lançons un appel aux décideurs afin qu’un intérêt soit accordé à la question de subvention des services de dépistage du cancer du col de l’utérus », plaide Mme Noélie Koevi-Koudam, Directrice exécutive de l’ATBEF. 


                      Capture d'écran, Plan stratégique de prévention du cancer de col, Page 14

Tenir les engagements  

Pour la société civile, vu le déficit de financement extérieur, le gouvernement doit tenir ses engagements, comme formulés par exemple dans le plan stratégique national pour la prévention et le contrôle du cancer du col de l’utérus (2017-2022). Il est prévu dans ledit plan, qu’entre 2017-2022, qu'au moins 80% des femmes âgées de 25-49 ans soient dépistées et traitées pour des lésions précancéreuses du col utérin et qu’au moins 80% des femmes cibles présentant des lésions précancéreuses aient accès à des services de diagnostic. « Nous notons que les moyens techniques, infrastructurels et financiers ne sont pas suffisamment déployés pour la concrétisation de ces engagements » a fait remarquer Dr. Kossi Ahadji, consultant commis pour l’étude situationnelle sur le cancer du col utérin.   

L’OMS dans sa stratégie 2020-2030 pour l’accélération de l’élimination du cancer du col de l’utérus comme problème de santé publique, fait le même appel aux gouvernements. « Nous pouvons éliminer le cancer du col de l'utérus. Mais, seulement grâce aux interventions rentables et fondées sur des preuves, notamment la vaccination des filles contre le papillomavirus humain, le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses, etc. », a indiqué Dr Tedros Ghebreyesus, DG de l’OMS. 

Le facteur majeur de risque du cancer du col de l’utérus est l’infection par le virus du papillome humain (VPH) qui survient en général au cours de l’adolescence après les premiers rapports sexuels. Les données hospitalières au Togo placent cette maladie à la deuxième place des cancers. Plus de 80% des femmes sont diagnostiquées à un stade avancé de la maladie. 

Le moment est opportun pour le gouvernement de tenir ses engagements d’offre de dépistage précoce des cancers, à travers son nouveau projet dénommé « services de santé essentiels de qualité pour une couverture sanitaire universelle au Togo ». Ce projet s'étend de 2021 à 2026 et entend rendre disponible les services de santé à tous les niveaux du système de soins, surtout aux personnes vulnérables.

Hubert Logan

Mis à jour ce 27/09/2021 

Auteur
santé éducation
Rédacteur

Le dépistage du cancer du col de l’utérus est une démarche importante. Une détection précoce de la maladie augmente les chances de guérison. Mme Ghani a eu cette chance, contrairement à sa mère tué...

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