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Suicide : au moins 711 décès en 2020 au Togo

Suicide : au moins 711 décès en 2020 au Togo
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Chaque 10 septembre marque la Journée mondiale de la prévention du suicide. Le thème de cette année est « Changer le discours sur le suicide ». Il vise à inciter les individus, les communautés, les organisations et les gouvernements à engager des discussions ouvertes et honnêtes sur le suicide et les comportements suicidaires. Le suicide, longtemps considéré comme un sujet tabou, est devenu une réalité alarmante dans nos sociétés. Il est temps de lever le voile sur cette tragédie silencieuse qui affecte de nombreuses vies et de prendre des mesures concrètes pour prévenir ces drames évitables.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), à l’échelle mondiale, toutes les 40 secondes, une personne met fin à ses jours et toutes les trois secondes, une personne fait une tentative de suicide. De plus, 800.000 à 1.000.000 de personnes se suicideraient chaque année et 79 % de tous les suicides ont lieu dans les pays à revenus faibles et intermédiaires.

L’Afrique n’est pas épargnée par le phénomène. Les données de l’OMS dégagent un taux moyen de 12 suicides pour 100.000 habitants, taux qui est de 10,5 au niveau mondial. En moyenne, les hommes africains se suicident nettement plus que les femmes.

Au Togo, la situation ne semble pas s’améliorer. Selon les dernières données de l'OMS publiées en 2020, les décès par Suicide en Togo ont atteint 711 ou 1.43% des décès totaux. Selon les données du Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile, au 2ème semestre de l’année 2021, on a enregistré 46 cas de suicide :  36 sont faits par pendaison, 5 par noyade, 4 par arme à feu, et 1 par inondation.  La répartition par sexe indique que 76.26% sont des hommes et 21,74% des femmes. Cette situation est encore confirmée par le rapport de l’OMS publié en septembre 2019 qui classe le Togo au 8ème rang des pays africains où l’on se suicide le plus.

Une réalité silencieuse

Bien que les chiffres précis sur le suicide au Togo restent difficiles à obtenir, il est indéniable que ce problème existe et qu’il prend de l’ampleur. Les causes sont multiples dont des difficultés économiques, un accès limité aux soins de santé mentale, une pression sociale accrue, et un manque de soutien familial ou communautaire. Chaque suicide est une tragédie qui laisse des familles et des communautés dévastées, souvent sans réponses ni soutien adéquat.

La stigmatisation : un frein majeur à la prévention

Un des plus grands obstacles à la prévention du suicide est la stigmatisation associée aux troubles mentaux. Beaucoup voient encore ces problèmes comme des faiblesses personnelles ou des malédictions. Ce qui empêche ceux qui en souffrent de chercher l’aide dont ils ont désespérément besoin. Cette stigmatisation doit être combattue par une sensibilisation accrue et une éducation adaptée, afin que chacun puisse comprendre que les troubles mentaux sont des conditions médicales qui nécessitent une prise en charge comme toute autre maladie.

Rôle des communautés et des institutions

La prévention du suicide ne peut réussir sans l’implication active des communautés et des institutions. Les familles, les amis, les collègues, mais aussi les leaders communautaires et religieux, ont tous un rôle à jouer. Il est essentiel de créer un environnement où les individus se sentent soutenus, écoutés et compris. Les institutions, de leur côté, doivent renforcer les services de santé mentale, en particulier dans les zones rurales où les ressources sont souvent limitées.

La loi pénale et la prévention du suicide

Dans certains pays, comme le Nigeria, la tentative de suicide est criminalisée. Selon la loi pénale nigériane, une personne qui fait une tentative de suicide risque jusqu'à un an d'emprisonnement. Cette loi, bien qu'elle puisse paraître sévère, a pour objectif de dissuader les individus de passer à l'acte en instaurant une conséquence juridique. Cependant, cette approche suscite des avis partagés. Pour certains, la menace de sanctions pénales pourrait décourager ceux qui envisagent de mettre fin à leurs jours, en les forçant à réfléchir aux conséquences légales. Cette dissuasion pourrait alors, dans certains cas, sauver des vies. D'autres estiment que cette loi risque d’aggraver la situation des personnes en détresse. Plutôt que de chercher de l’aide, ceux-ci pourraient hésiter par peur de répercussions juridiques, ce qui les isolerait davantage. Le risque est alors de criminaliser la souffrance psychologique, au lieu de la traiter comme un problème de santé nécessitant une intervention bienveillante.

Au Togo, ce type de législation n'existe pas, et la question se pose de savoir si une approche punitive pourrait être bénéfique ou, au contraire, contre-productive. Il est essentiel que toute mesure législative ou politique tienne compte des réalités locales et de la nécessité d'offrir un soutien approprié aux personnes en crise.

Renforcer la prévention

La santé mentale fait partie intégrante de la santé et du bien-être au sens large. Pourtant, un nombre trop important de personnes qui ont besoin d’aide au Togo pour des problèmes de santé mentale ne la reçoivent pas. Le moment est venu de changer radicalement cette situation. Les efforts que les pays font actuellement devraient être renforcés et élargis afin que les soins de santé mentale deviennent une priorité de santé publique dans la Région africaine.  Selon le président de l’Association des Psychologues Cliniciens et de la Santé Hospitaliers du Togo (APCSH-Togo), Dr Anama Tousso, «  Les nombreux cas successifs de suicide enregistrés ces derniers mois ne sont que la partie visible d’une situation malheureusement plus dramatique et constitue une invitation à plus d’actions plus vigoureuses. De plus, le taux de mortalité par suicide est retenu comme un indicateur de la cible 3.4 des objectifs de développement durable d’ici à 2030 qui se décline comme suite : réduire d’un tiers, par la prévention et le traitement, le taux de mortalité prématurée due à des maladies non transmissibles et promouvoir la santé mentale et le bien-être ».

Chacun a un rôle à jouer dans cette lutte. Que ce soit en offrant une oreille attentive à un proche en difficulté, en participant à des campagnes de sensibilisation, ou en soutenant les initiatives de santé mentale, on peut tous contribuer à sauver des vies. Le suicide est une tragédie évitable, et ensemble, on peut faire une différence significative.

Raymond DZAKPATA 

Auteur
santé éducation
Rédacteur
Raymond DZAKPATA

Chaque 10 septembre marque la Journée mondiale de la prévention du suicide. Le thème de cette année est « Changer le discours sur le suicide ». Il vise à inciter les individus, les communautés, les organisations et les gouvernements à engager des...

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