Suicide : au moins 711 décès en 2020 au Togo
- Posted on 10/09/2024 18:38
- Film
- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: Chaque 10 septembre marque la Journée mondiale de la prévention du suicide. Le thème de cette année est « Changer le discours sur le suicide ». Il vise à inciter les individus, les communautés, les organisations et les gouvernements à engager des...
Chaque
10 septembre marque la Journée mondiale de la prévention du suicide. Le thème
de cette année est « Changer le discours sur le suicide ». Il vise à inciter
les individus, les communautés, les organisations et les gouvernements à
engager des discussions ouvertes et honnêtes sur le suicide et les
comportements suicidaires. Le suicide, longtemps considéré comme un sujet
tabou, est devenu une réalité alarmante dans nos sociétés. Il est temps de lever
le voile sur cette tragédie silencieuse qui affecte de nombreuses vies et de
prendre des mesures concrètes pour prévenir ces drames évitables.
Selon
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), à l’échelle mondiale, toutes les 40
secondes, une personne met fin à ses jours et toutes les trois secondes, une
personne fait une tentative de suicide. De plus, 800.000 à 1.000.000 de
personnes se suicideraient chaque année et 79 % de tous les suicides ont lieu
dans les pays à revenus faibles et intermédiaires.
L’Afrique
n’est pas épargnée par le phénomène. Les données de l’OMS dégagent un taux
moyen de 12 suicides pour 100.000 habitants, taux qui est de 10,5 au niveau
mondial. En moyenne, les hommes africains se suicident nettement plus que les
femmes.
Au
Togo, la situation ne semble pas s’améliorer. Selon les dernières données de
l'OMS publiées en 2020, les décès par Suicide en Togo ont atteint 711 ou 1.43%
des décès totaux. Selon les données du Ministère de la Sécurité et de la
Protection Civile, au 2ème semestre de l’année 2021, on a enregistré 46 cas de
suicide : 36 sont faits par pendaison, 5
par noyade, 4 par arme à feu, et 1 par inondation. La répartition par sexe indique que 76.26%
sont des hommes et 21,74% des femmes. Cette situation est encore confirmée par
le rapport de l’OMS publié en septembre 2019 qui classe le Togo au
8ème rang des pays africains où l’on se suicide le plus.
Une réalité silencieuse
Bien
que les chiffres précis sur le suicide au Togo restent difficiles à obtenir, il
est indéniable que ce problème existe et qu’il prend de l’ampleur. Les causes
sont multiples dont des difficultés économiques, un accès limité aux soins de
santé mentale, une pression sociale accrue, et un manque de soutien familial ou
communautaire. Chaque suicide est une tragédie qui laisse des familles et des
communautés dévastées, souvent sans réponses ni soutien adéquat.
La stigmatisation : un frein majeur à
la prévention
Un
des plus grands obstacles à la prévention du suicide est la stigmatisation
associée aux troubles mentaux. Beaucoup voient encore ces problèmes comme des
faiblesses personnelles ou des malédictions. Ce qui empêche ceux qui en
souffrent de chercher l’aide dont ils ont désespérément besoin. Cette
stigmatisation doit être combattue par une sensibilisation accrue et une
éducation adaptée, afin que chacun puisse comprendre que les troubles mentaux
sont des conditions médicales qui nécessitent une prise en charge comme toute
autre maladie.
Rôle des communautés et des institutions
La
prévention du suicide ne peut réussir sans l’implication active des communautés
et des institutions. Les familles, les amis, les collègues, mais aussi les
leaders communautaires et religieux, ont tous un rôle à jouer. Il est essentiel
de créer un environnement où les individus se sentent soutenus, écoutés et
compris. Les institutions, de leur côté, doivent renforcer les services de
santé mentale, en particulier dans les zones rurales où les ressources sont
souvent limitées.
La loi pénale et la prévention du
suicide
Dans
certains pays, comme le Nigeria, la tentative de suicide est criminalisée.
Selon la loi pénale nigériane, une personne qui fait une tentative de suicide
risque jusqu'à un an d'emprisonnement. Cette loi, bien qu'elle puisse paraître
sévère, a pour objectif de dissuader les individus de passer à l'acte en
instaurant une conséquence juridique. Cependant, cette approche suscite des
avis partagés. Pour certains, la menace de sanctions pénales pourrait
décourager ceux qui envisagent de mettre fin à leurs jours, en les forçant à
réfléchir aux conséquences légales. Cette dissuasion pourrait alors, dans
certains cas, sauver des vies. D'autres estiment que cette loi risque
d’aggraver la situation des personnes en détresse. Plutôt que de chercher de
l’aide, ceux-ci pourraient hésiter par peur de répercussions juridiques, ce qui
les isolerait davantage. Le risque est alors de criminaliser la souffrance
psychologique, au lieu de la traiter comme un problème de santé nécessitant une
intervention bienveillante.
Au
Togo, ce type de législation n'existe pas, et la question se pose de savoir si
une approche punitive pourrait être bénéfique ou, au contraire,
contre-productive. Il est essentiel que toute mesure législative ou politique
tienne compte des réalités locales et de la nécessité d'offrir un soutien
approprié aux personnes en crise.
Renforcer
la prévention
La santé mentale fait partie intégrante de la santé et du
bien-être au sens large. Pourtant, un nombre trop important de personnes qui
ont besoin d’aide au Togo pour des problèmes de santé mentale ne la reçoivent
pas. Le moment est venu de changer radicalement cette situation. Les efforts
que les pays font actuellement devraient être renforcés et élargis afin que les
soins de santé mentale deviennent une priorité de santé publique dans la Région
africaine. Selon le président de l’Association des Psychologues
Cliniciens et de la Santé Hospitaliers du Togo (APCSH-Togo), Dr Anama Tousso, « Les
nombreux cas successifs de suicide enregistrés ces derniers mois ne sont que la
partie visible d’une situation malheureusement plus dramatique et constitue une
invitation à plus d’actions plus vigoureuses. De plus, le taux de
mortalité par suicide est retenu comme un indicateur de la cible 3.4 des
objectifs de développement durable d’ici à 2030 qui se décline comme
suite : réduire d’un tiers, par la prévention et le traitement, le taux de
mortalité prématurée due à des maladies non transmissibles et promouvoir la
santé mentale et le bien-être ».
Chacun
a un rôle à jouer dans cette lutte. Que ce soit en offrant une oreille
attentive à un proche en difficulté, en participant à des campagnes de
sensibilisation, ou en soutenant les initiatives de santé mentale, on peut tous
contribuer à sauver des vies. Le suicide est une tragédie évitable, et
ensemble, on peut faire une différence significative.
Raymond DZAKPATA