« Double fardeau » de la sous-alimentation et de l'obésité en Afrique
- Posted on 14/08/2024 18:15
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- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: Près d’un milliard de personnes à travers le monde sont touchées par l'obésité. C’est ce que révèle une étude publiée dans la revue médicale britannique “The Lancet” et effectuée avec la collaboration de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à l'
Près
d’un milliard de personnes à travers le monde sont touchées par l'obésité.
C’est ce que révèle une étude publiée dans la revue médicale britannique “The
Lancet” et effectuée avec la collaboration de l’Organisation Mondiale de
la Santé (OMS) à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre l'obésité
célébrée le 04 mars 2024.
L'épidémie
a progressé « plus rapidement qu’anticiper », selon le Pr Francesco
Branca, Directeur du département Nutrition pour la santé et le développement de
l'OMS, lors d'une conférence de presse en fin février. Le franchissement du
seuil du milliard de personnes concernées était initialement envisagé vers
2030, selon le Pr Majid Ezzati de l'Imperial College de Londres, l'un des
principaux auteurs de l'étude réalisée par la revue médicale britannique “The Lancet” en collaboration avec l'OMS.
Selon
cette vaste étude, entre 1990 et 2022, le taux d'obésité dans la population a
quadruplé parmi les enfants et les adolescents, et doublé parmi les adultes. Un
taux qui a quasiment triplé chez les hommes et doublé chez les
femmes. Plus inquiétant encore, cette maladie touchait en 2022 près de 160
millions d'enfants et d'adolescents (94 millions de garçons et 65 millions de
filles). Quelque 30 ans plus tôt, ils étaient 31 millions.
« Double
fardeau »
Selon
cette étude, certains pays à revenus faibles ou
intermédiaires affichent désormais des taux d'obésité supérieurs à ceux de
beaucoup de pays industrialisés, notamment d'Europe. Ne pas manger assez,
mais aussi manger mal : nombre de pays à faible et moyen revenu connaissent en
effet le « double fardeau » de la sous-alimentation et de l'obésité,
particulièrement en Afrique. Alors qu'une partie de leur population n'a
toujours pas accès à un nombre de calories suffisant, quand une autre n'a plus
ce problème mais son alimentation est de mauvaise qualité.
En
2022, une étude de l'OMS, qui alertait sur cette « bombe à
retardement » pour la santé publique, pointait dix pays particulièrement
touchés, la plupart en Afrique australe : le Botswana, l’Eswatini, le Lesotho,
l’île Maurice, la Namibie, les Seychelles et l’Afrique du Sud. Mais aussi, plus
au nord : le Gabon, la Mauritanie et l’Algérie, qui détient le record du nombre
de personnes obèses sur le continent.
Au
Togo, 6,2% de la population est obèse,
selon l'étude du service des maladies non-transmissibles du ministère de
la Santé réalisée en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé.
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a remarqué que l'obésité chez les
enfants de moins de 5 ans atteint des taux "alarmants" dans les pays
en développement, en particulier en Afrique. Selon les données de l’enquête
recueillies au niveau des infirmeries dans les deux universités publiques du
Togo, 8% des étudiants inscrits sont signalés obèses et 12% en surpoids sur un
effectif de 50 000. Pour le docteur Raymond Kossi Barruet, Diabétologue (Lomé),
l'obésité reste influencée par des facteurs culturels. Tant qu'on n'est pas
handicapé dans son quotidien par son poids, on ne le remarque pas. L'obésité
est due au stress, à la sédentarité et à ce que le Dr Barruet appelle
paradoxalement « une amélioration de l'alimentation. On mange de
plus en plus sucré et on mange à base de féculents. Le fufu à base
d’igname, les plats à base de maïs, le riz prend beaucoup de place actuellement
dans notre alimentation. Tous ces aliments consommés sans une activité physique
ont tendance à faire prendre du poids. »
Des
spécialistes sont très inquiets de la prévalence de l'obésité dans les écoles,
notamment les grandes villes où on constate des obésités sévères, morbides chez
le tout jeune.
Modes
de vie occidentalisés
Maladie
chronique complexe et multifactorielle, l'obésité s'accompagne d'une
augmentation de la mortalité due à d'autres pathologies, des maladies
cardio-vasculaires, du diabète et certains cancers. La pandémie de Covid-19, où
le surpoids était un facteur de risque, en a été une illustration. « L’obésité
va être un facteur de risque de plusieurs pathologies, notamment l’hypertension
artérielle, qui est un problème crucial en Afrique, énumère Colette
Azandjeme. Avec le cortège d’accidents vasculaire-cérébral, des
fractures du myocarde et de toutes les autres maladies cardiovasculaires.
L’obésité, avec toutes les perturbations endocriniennes qui s'ensuivent, est
aussi un facteur de risque important pour les cancers. La prévalence de cancers
croît. C’est un phénomène qui n’était pas très connu il y a quelques années
mais de plus en plus, on compte des cas de cancer, notamment des cancers
féminins, cancers du sein, cancers de l’utérus, des cancers chez l’homme comme
le cancer de la prostate et d’autres types de cancers comme les cancers
infantiles. Aussi, l’obésité est un facteur de risque important du diabète. Et
il y a des pays qui ont des prévalences plus élevées, notamment en Afrique du
Nord et en Afrique du Sud. »
L'obésité
touche d'abord les habitants des zones urbaines, même si désormais les zones
rurales ne sont pas épargnées. Malbouffe et sédentarité sont pointées du doigt.
Parmi les causes, Colette Azandjeme, professeure de santé publique et
nutritionniste à l’hôpital de la mère et de l’enfant de Cotonou, au Bénin,
« la transition nutritionnelle qui fait que le mode de vie a changé et
s’occidentalise, explique-t-elle. Nous passons d’une
alimentation qui est beaucoup plus traditionnelle à une alimentation européanisée,
dense en énergie. On est exposés à des aliments de plus en plus transformés,
ultra-transformés ». En parallèle, le mode de vie est devenu plus
sédentaire : « il y a très peu d’activité physique pour
compenser, commente la professeure. Au fil du temps, nous
avons perdu l'habitude de marcher beaucoup. Il y a plus de motos, plus de
voitures. On s’assoit plus longtemps devant le téléviseur. On adopte des
activités qui sont plutôt bureaucratiques : dans la vente, dans le commerce où
on s’assied plus longtemps. » À cela s'ajoute le manque de
sommeil et un stress accru. Un cocktail qui favorise l'augmentation de
l'obésité.
Taxer
les boissons sucrées, subventionner les aliments bons pour la santé, limiter le
marketing d'aliments malsains auprès des enfants, encourager l'activité
physique... Des actions trop peu utilisées mais qui permettraient, selon
l'OMS, de freiner la progression de ce fléau.
William
O.