Comprendre, dépister et éviter le cancer
- Posted on 13/02/2024 14:24
- Film
- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: En 2018, plus d’un million de nouveaux cas de cancer ont été déclarés en Afrique. Ce nombre est probablement sous-estimé, car de nombreux cas ne sont pas détectés ou rapportés. La transformation d'une cellule normale en une cellule cancéreuse peut
En
2018, plus d’un million de nouveaux cas de cancer ont été déclarés en Afrique.
Ce nombre est probablement sous-estimé, car de nombreux cas ne sont pas
détectés ou rapportés. La transformation d'une
cellule normale en une cellule cancéreuse peut être induite par de nombreux
facteurs liés aux modes de vie, à l’environnement ou encore au patrimoine
génétique. Les cancers
du col de l’utérus, du sein et de la prostate sont les trois cancers qui
touchent aujourd’hui le plus le continent africain avec des conséquences très
graves. Les inégalités d’accès au
dépistage et au traitement du cancer sont manifestes en Afrique en général et
au Togo en particulier.
Environ 70% des décès par cancer surviennent dans les pays à revenu
faible ou intermédiaire. L'OMS a recensé
18,1 millions de nouveaux cas en 2018 et 9,6 millions de décès
imputables à la maladie. Si aucune mesure n’est prise
rapidement, le taux de mortalité
dû au cancer devrait doubler d’ici à 2030. Le cancer est une réalité au Togo.
Sur 3700 nouveaux cas de cancer par an, on dénombre 1200 décès chez les hommes
et 1500 décès chez les femmes. D’après les chiffres du Programme National de lutte contre les maladies non transmissibles, 40%
des décès au Togo sont imputables aux cancers. Les cancers les plus récurrents sont entre autres : le cancer de
la prostate, du sein, du col de l’utérus, du foie, de l’estomac. La Journée Mondiale contre le Cancer, célébrée le 04 février, est
l’occasion de rappeler le rôle essentiel de la prévention. L’édition 2021 appelle à une synergie d’action à
travers le thème : « Ensemble, toutes nos actions sont
importantes ».
L’année 2021, dernière année de la campagne « Je
suis et je vais », montre à quel point les actions ont un impact tout
autour de nous, dans les quartiers, les communautés et les villes. Lorsqu’on
travaille ensemble, on est capable d’atteindre ce qu’on souhaite tous : un
monde plus sain et plus heureux sans cancer.
Le
cancer : qu’est-ce que c’est ?
Le
terme « cancer » englobe un groupe de maladies se caractérisant par la
multiplication et la propagation anarchiques de cellules anormales. Si les
cellules cancéreuses ne sont pas éliminées, l'évolution de la maladie va mener
plus ou moins rapidement au décès de la personne touchée. Selon Dr Solange Ablavi Adani-Ifè, médecin
oncologue, Directrice de l’Institut national de cancérologie (INC), « le cancer est une maladie caractérisée par la prolifération ou la multiplication
incontrôlée de cellules. Cette multiplication incontrôlée est due à un
dérèglement dans le mécanisme de régulation des cellules qui assure le
développement harmonieux de l’organisme. En se multipliant sans contrôle, les
cellules cancéreuses donnent naissance à des tumeurs ou enflures de plus en
plus grosses qui se développent en envahissant puis détruisant les organes. En
substance le cancer se développe sur les cellules ».
Causes et
comportements à risque
La pollution : « le développement industriel, du parc
automobile dans les villes, conduisent à la pollution. S’exposer à la pollution
de l’air est un risque de développer des maladies cardio-vasculaires et
respiratoires, ainsi que des cancers. La pollution de l’air, de l’eau et des
sols est impliquée dans le développement d’environ 1 à 4 % de tous les
cancers », souligne Dr
Solange Ablavi Adani-Ifè, médecin oncologue. Elle se caractérise par des particules fines qui, selon une étude
japonaise parue en 2016, augmentent de 36 % le risque de développer un
cancer du poumon chez les hommes, et de 80 % le risque de développer un
cancer du sein chez les femmes.
Les virus et bactéries : Dans le
monde, 18 % des cas de cancers seraient imputables à des infections. Cette proportion est la plus
importante chez les femmes d’Afrique centrale, de l’Est et de l’Ouest, où
40 % des cancers sont associés à des infections chroniques. « Le papillomavirus, responsable du cancer du col de l’utérus, ou les virus de l’hépatite B et C,
pour le cancer du foie, la
bactérie Helicobacter pylori
pour le cancer de l’estomac. Il
est aussi détecté qu’environ 30 à 40 % des patients infectés par le VIH sont susceptibles de développer
des affections malignes », explique Dr Solange Ablavi Adani-Ifè.
La prédisposition
génétique : D’après Dr
Solange Adani-Ifè, « il existe des gènes de prédisposition au cancer, transmis dans une même famille
d’une génération à l’autre. Cela peut être le cas pour les cancers
du sein, de l’ovaire et du côlon. Les syndromes de cancers
héréditaires représentent jusqu’à 4 % de l’ensemble des cancers ». Attention
quand un parent meurt de cancer, toute sa génération doit prendre de
dispositions, vivre dans la prévention par rapport aux risques.
Symptômes qui doivent alerter
Taches ou boutons sur le corps : Grain de
beauté, boutons, acnés, dartres sont entre autres des taches récurrentes sur la peau.
La plupart ne sont pas dangereux. « Mais s’ils surviennent brusquement
et refusent de partir avec usage de médicaments, il est plus prudent de faire
une consultation chez un dermatologue. Cela peut être un
cancer », indique Dr Solange Ablavi Adani-Ifè, Directrice de
l’Institut National de Cancérologie (INC).
Fatigue et
perte de poids : La fatigue et l’amaigrissement constituent des signes
d’appel du cancer. Si la fatigue est permanente, et l’amaigrissement est
continu sans raison apparente, il faut consulter. « En effet, en cas de
tumeur, la perte de poids présente certaines caractéristiques : elle est
inexpliquée, elle se traduit par une maigreur extrême avec une perte de muscles
et de graisse, voire de masse osseuse, une perte d’appétit ou l’anorexie et une
importante fatigue ou asthénie. Par ailleurs, cette perte de poids va se poursuivre
même si le patient fait des efforts pour s’alimenter », explique Dr Solange Ablavi Adani-Ifè, médecin oncologue.
Sueurs nocturnes : Les sueurs
nocturnes ne sont pas systématiques en cas de cancer. « Néanmoins, ces
épisodes de bouffées de chaleur ne doivent pas être négligés, car il arrive que
certains cancers aient pour symptômes précoces des sueurs nocturnes. C’est
notamment le cas des lymphomes et des leucémies ou cancer du sang, mais aussi
parfois d’autres cancers tels que le cancer de la prostate », avertit la
spécialiste. Les sueurs nocturnes s’accompagnent toujours d’autres
signes généraux tels que la fatigue, la perte de poids et parfois d’une fièvre.
Promouvoir
les soins
palliatifs pour les patients atteints de cancer
Aux côtés des institutions publiques, les
organisations de la société civile sont appelées à jouer leur partition dans la
lutte contre le cancer. C’est ce que dit le thème de l’édition 2021, de la
journée mondiale contre le cancer : « Ensemble, toutes nos actions
sont importantes ». Au Togo,
certaines associations se distinguent par leur engagement et actions
communautaires. C’est le cas de l’Organisation Jeunesse pour le Développement
Communautaire (ORJEDEC), une association pionnière en soins palliatifs au Togo.
ORJEDEC reste aux
côtés des patients atteints de cancer afin de leur administrer des soins
holistiques de qualité à la maison comme à l’hôpital. Cette association est
constituée d’une équipe pluridisciplinaire composée des Experts en soins
palliatifs. Selon M. Koffi Anoumou Tengue, Directeur Exécutif de l'ONG ORJEDEC,
ces soins sont interdisciplinaires et s'adressent au malade en tant que
personne, à sa famille et à ses proches, aussi bien à domicile qu’en
institution. Les soins palliatifs ne traitent pas le cancer,
mais ils soulagent les douleurs physiques, morales et les autres
symptômes de la maladie. Ils visent à sauvegarder la dignité de la personne
malade et à soutenir son entourage en vue de lui préserver une meilleure
qualité de vie possible jusqu'à la mort. « Notre leitmotiv est
: traite les autres comme tu voudrais être traité. Nos experts en soins
palliatifs ont pour rôle et responsabilité de libérer les patients des
douleurs. Il s’agit de : maîtriser les douleurs modérées et sévères, gérer
des plaies, des infections, des escarres, suivre psychologiquement et
diététiquement des patients, pourvoir en médicaments, vivres et autres, éviter
l’acharnement thérapeutique, participer aux deuils », souligne M.
Tengue. Ces malades sont nombreux à
croupir dans les maisons et les établissements de soins. Actuellement, ORJEDEC
accompagne 34 patients souffrant des cancers de seins, du col de l’utérus, du
cerveau, gorge, du foie et du côlon. « Les patients que nous
rencontrons sont souvent en fin de vie. Ce qui nécessite l’utilisation des opioïdes.
C’est une tragédie que des milliers des compatriotes soient condamnés à
souffrir chaque année parce qu’ils ne peuvent accéder légalement à l’extrait
d’une plante abondante (morphine). Partant de ce constat, nous exhortons les
autorités compétentes à établir des plans clairs pour éliminer des obstacles
qui empêchent l’accès aux médicaments sous contrôle », implore M.
Tengué.
Human Rights Watch
rappelait en 2011 que 60% des personnes qui meurent chaque année dans les pays
à revenu faible ont besoin de soins palliatifs. Au Togo, bien que la notion de
soins palliatifs ne soit pas jusque-là bien rentrée dans les habitudes, les
études montrent que 33,58% des patients en ont besoin.
Abel
OZIH